
André Savoret (1898-1977) s’est intéressé très concrètement à l’alchimie, où il eut pour maître Georges Richer, dit Auriger, élève de Pierre Dujols injustement oublié. Il marcha dans les pas de certains disciples de Monsieur Philippe, qu’il a pris pour maître, y compris au laboratoire. Poète et astrologue, on lui doit une traduction de la Nuée sur le Sanctuaire et des Essais chimiques de Karl von Eckartshausen. Il fut actif dans le néo-druidisme où il fut le druide Ab Gwalwys, dans le Collège bardique des Gaules où il eut pour compagnons de sentier Philéas Lebesgue et l’éditeur Jacques Heugel. Pour une approche de l’homme et de son œuvre, on peut se reporter à l’article de Gil Alonso-Mier, " In memoriam : André Savoret " (l’Initiation, avril-juin 2001, pp. 97-110) que j’avais appelé de mes vœux.
Du Menhir à la Croix, Essais sur la triple tradition de l’Occident, publié en 1932, aux Editions Psyché, avec une préface de Philéas Lebesgue, et heureusement réédité aujourd’hui par les Editions M.C.O.R. Christienne, témoigne du parcours personnel d’un véritable homme de désir en quête de la tradition occidentale et d’un druidisme sublimé à ses yeux dans le christianisme gaulois.
Vous serez déçus si vous abordez cette œuvre de Savoret comme un livre d’histoire, et l’auteur ne revendique d’ailleurs ni la qualité d’archéologue ni celle de préhistorien. En revanche, ce livre vous enchantera si vous vous intéressez à une autre histoire, qui ne se confond pas nécessairement avec l’histoire événementielle, mais n’en reste pas moins porteuse de sens et riche d’enseignement. En l’espèce, André Savoret s’inscrit dans la lignée de Fabre d’Olivet, envers lequel il reconnait sa dette, et de Saint-Yves d’Alveydre, avec qui il prend parfois ses distances.
Avec eux, Savoret nous introduit dans la linguistique sacrée que d’aucuns jugeront fantaisiste, et René Guénon, jadis, eut des propos très durs sur le travail de l’auteur. Pourtant, il est des étymologies fantaisistes au regard des linguistes qui n’en sont pas moins très riches d’enseignement, parce qu’elles ouvrent sur d’autres réalités que celles des langues profanes. Ne s’agit-il pas tout simplement de savoir de quoi on… parle ? Cette linguistique sacrée, indissociable chez Savoret comme chez ses illustres prédécesseurs, d’une histoire sacrée, est à retrouver, et, comme telle cette science est imparfaite, ce qui veut dire à parfaire. Du Menhir à la Croix témoigne d’un moment de cette recherche. D’autres, comme le Dr Auguste-Edouard Chauvet – à quand la réédition de son introuvable Esotérisme de la Genèse ? - sont allés plus loin que Fabre d’Olivet, Saint-Yves d’Alveydre ou Savoret. Mais sans eux ils ne seraient allés nulle part.
En complément Du Menhir à la Croix, il faut lire Visage du druidisme (Dervy-Livres, 1977 ; nouv. éd., Dervy, 1996) du même auteur, qui me semble, plus encore que son premier livre, influencé par certaines idées peu connues de Monsieur Philippe, dont Sédir s’est aussi discrètement fait l’écho. Il se murmure que Sédir, comme Savoret, en savaient long sur la mystérieuse Agartha, dont Saint-Yves, en 1886, révéla l’existence dans sa fameuse Mission de l’Inde. Mais qu’est-ce à dire ? Dans un domaine où, depuis des décennies, les affabulations ont la vie belle, souhaitons qu’un chercheur nous éclaire un jour sur leurs sources et sur le feu de cette fumée-là !
Serge Caillet
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