mercredi 27 février 2008

L'Enigme Philippe


Après le long film documentaire de Bernard Bonnamour, Maître Philippe, le chien du Berger (Mercure dauphinois, 2007), et alors que, nous dit-on, des Américains préparent eux aussi un film sur l’homme de Lyon, Christel Chabert vient de tourner pour France 3 un docu-fiction intitulé L’Enigme Philippe.

C’était un pari difficile de présenter un sujet aussi marginal au large public d’une grande chaîne de télévision, avec les contraintes, tant budgétaires que d’audience, qui sont celles de la télévision publique. Christel Chabert, qui n’en est pas, certes, à son coup d’essai, s’est pourtant lancée dans l’aventure, avec enthousiasme. Patiente et déterminée, elle a su franchir les obstacles, nombreux, qui se dressaient sur sa route.

Débordante de gentillesse et de générosité, elle a su aussi, au terme d’une quête de trois ans, rassembler des documents, des images et des témoignages très divers. Même les amateurs de Monsieur Philippe trouveront à s’instruire dans ce documentaire, qui, en effet, réussit le tour de force, tant par les images que par les témoignages inédits, non seulement de présenter M. Philippe à celles et ceux, nombreux, qui en ignorent l’existence, mais aussi d’apporter du neuf à celles et ceux qui le connaissent bien et parfois depuis longtemps.

Enfin, et ce n’est pas négligeable, la qualité graphique du film est remarquable. Non seulement L’Enigme Philippe ne tombe pas dans le sensationnel, mais, tout au contraire, l’œil et la caméra de Christel Chabert dressent de M. Philippe un portrait tout en finesse, en prenant le risque de poser, au-delà du mystère Philippe, les questions qui dérangent. Ces questions, le risque eut été grand, aussi, de vouloir les résoudre à tout prix, que ce soit dans le sens du rationalisme ambiant ou, à l’inverse, dans le sens des disciples contemporains de l’Ami de Dieu, ou encore, tout simplement, des confessions religieuses dominantes. Mais Christel Chabert n’est pas tombée pas dans le piège.

Et pourtant, son film n’est pas neutre, qui réalise le beau mariage de la sensibilité toute féminine de son auteur et de la présence, au-delà des faits, mais à travers les images, les documents, les témoignages, d’un M. Philippe plus attachant que jamais.

A découvrir absolument, sur France 3, en avril 2008 vraisemblablement.


Serge Caillet


vendredi 22 février 2008

Jacques Bergier... trente ans déjà !

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A François G. et François M.,
mes compagnons d’un certain « Club astronomie »




Je venais d’avoir seize ans lorsque je découvris, émerveillé, Jacques Bergier : l’homme et l’œuvre. Cet homme que j’adoptais aussitôt pour guide, la mort n’allait pas tarder de l’enlever, le 23 novembre 1978, à l’affection des siens, amis et fidèles, au nombre desquels j’ai la faiblesse de me compter pour avoir été agrégé, quelques années plus tard, au petit collège d’intimes, par l’entremise de Robert Amadou, qui me présenta aussitôt Claudine Brelet. Quant à l’œuvre, où se côtoient les informations les plus curieuses, les réflexions les plus pertinentes et les sources littéraires les plus inattendues, elle a nourri mon adolescence rêveuse d’ «amateur d’insolite», et je n’ai pas cessé, depuis, d’encourager à sa lecture féconde.

Quelques années plus tôt, ma première «rencontre» avec l’auteur avait pourtant choqué l’adolescent en mal de merveilleux : dans une émission de télévision, Jacques Bergier avait présenté une série de clichés photographiques de «soucoupes volantes», avant d’expliquer qu’il les avait réalisés avec un couvercle de cocote minute ! J’étais scandalisé ! Mais j’oubliais. Peu après, je découvris l’hebdomadaire Nostra, où le pire côtoyait le meilleur. Côté meilleur, Bergier, qui avait favorisé le lancement de la revue après tant d’autres projets, y contribuait à répandre les nouvelles les plus étranges, que j’attendais avec impatience, d’une semaine à l’autre. Un livre enfin, en août 1978, me procura un choc salutaire en m’offrant mon premier Visa pour une autre terre (1975). Je venais, disais-je, d’avoir seize ans. Peu après, j’engloutissais un à un tous les titres de Bergier, mais ma préférence est restée à ce Visa, plus qu’à tout autre.

C’est à Jacques Bergier aussi que je dois mes premières amours adolescentes pour l’alchimie. Que de révélations sur un certain modus operandi dans Le Matin des magiciens ! Puis j’abandonnais l’alchimie pour d’autres amours plus durables, mais tout aussi traditionnelles, sans renier la science profane à récupérer, tandis que Robert Amadou, selon le mot de Louis-Claude de Saint-Martin, me faisait entrer dans «la carrière».

En 1983, mon premier livre – au vrai, un livre de jeunesse – m’avait introduit de plein pied dans le monde des «scribes de miracles», et cette année-là, il y a vingt cinq ans tout juste, je lançais avec Claudine Brelet une première association des Amis de Jacques Bergier dont j’eu la faiblesse d’accepter la présidence. Entre autres, Robert Amadou, Isabelle Vichniac, Louis Pauwels, nous encourageaient, tandis qu’Aimé Michel n’y croyait guère… Tous les quatre ont aujourd’hui rejoint Bergier dans le sein d’Abraham.

Le projet d’association avorta, quoiqu’une «Chronique Broccolienne», en hommage à Bergier, soit parue, en 1984, dans la revue l’Autre monde, co-signée avec mes complices d’alors, Jean-Paul Messina et Lionel Paquien. Le premier avait d’ailleurs très largement contribué à un premier classement des archives et des livres de Bergier, destinés à la salle qui porte son nom à la Bibliothèque de Saint-Germain-en-Laye, inaugurée au même moment par Louis Pauwels.

Depuis, je n’ai pas cessé de lire Bergier, de croiser son chemin, de nourrir mon âme à son contact. Voilà trente ans, je pleurais la mort d’un maître. J’ai appris depuis que nos maîtres brillent comme des étoiles au firmament, et que la mort ne nous sépare pas de ceux qu’on aime. Pour preuve, les Amis de Jacques Bergier (http://www.jacquesbergier.com/), selon le titre de l’association fondée en 1997 par Patrick Clot, qui la préside avec énergie et talent, préparent un hommage, sous la forme d’un volume collectif, à paraître en fin d’année. Ces quelques lignes sont extraites de ma propre contribution, sur «Jacques Bergier et l’alchimie». Nous en reparlerons.
Serge Caillet