
Après le long film documentaire de Bernard Bonnamour, Maître Philippe, le chien du Berger (Mercure dauphinois, 2007), et alors que, nous dit-on, des Américains préparent eux aussi un film sur l’homme de Lyon, Christel Chabert vient de tourner pour France 3 un docu-fiction intitulé L’Enigme Philippe.
C’était un pari difficile de présenter un sujet aussi marginal au large public d’une grande chaîne de télévision, avec les contraintes, tant budgétaires que d’audience, qui sont celles de la télévision publique. Christel Chabert, qui n’en est pas, certes, à son coup d’essai, s’est pourtant lancée dans l’aventure, avec enthousiasme. Patiente et déterminée, elle a su franchir les obstacles, nombreux, qui se dressaient sur sa route.
Débordante de gentillesse et de générosité, elle a su aussi, au terme d’une quête de trois ans, rassembler des documents, des images et des témoignages très divers. Même les amateurs de Monsieur Philippe trouveront à s’instruire dans ce documentaire, qui, en effet, réussit le tour de force, tant par les images que par les témoignages inédits, non seulement de présenter M. Philippe à celles et ceux, nombreux, qui en ignorent l’existence, mais aussi d’apporter du neuf à celles et ceux qui le connaissent bien et parfois depuis longtemps.
Enfin, et ce n’est pas négligeable, la qualité graphique du film est remarquable. Non seulement L’Enigme Philippe ne tombe pas dans le sensationnel, mais, tout au contraire, l’œil et la caméra de Christel Chabert dressent de M. Philippe un portrait tout en finesse, en prenant le risque de poser, au-delà du mystère Philippe, les questions qui dérangent. Ces questions, le risque eut été grand, aussi, de vouloir les résoudre à tout prix, que ce soit dans le sens du rationalisme ambiant ou, à l’inverse, dans le sens des disciples contemporains de l’Ami de Dieu, ou encore, tout simplement, des confessions religieuses dominantes. Mais Christel Chabert n’est pas tombée pas dans le piège.
Et pourtant, son film n’est pas neutre, qui réalise le beau mariage de la sensibilité toute féminine de son auteur et de la présence, au-delà des faits, mais à travers les images, les documents, les témoignages, d’un M. Philippe plus attachant que jamais.
A découvrir absolument, sur France 3, en avril 2008 vraisemblablement.
Serge Caillet
