mercredi 16 décembre 2009

Lourdes, ville initiatique



Voilà longtemps que j’appelle de mes vœux la réédition du chef -d’œuvre de Grillot de Givry, Lourdes, ville initiatique, dont la première édition, à l’enseigne de Chacornac, parut en 1902. Réédité par les Editions traditionnelles, en 1959, puis en 1979 (ce que semble ignorer le présent éditeur), l’ouvrage avait disparu depuis bien des années déjà des bonnes librairies. Cette quatrième édition (Archè, 2009) est enrichie d’un avant-propos de Francis Laget et de quatre textes complémentaires, deux de Grillot de Givry, l’un de Jean Reyor (Marcel Clavelle) et l’autre de René Guénon.

Grillot de Givry (1874-1929) fut le compagnon de route des occultistes de la Belle époque, et, outre de nombreuses traductions du latin, on lui doit notamment des méditations sur Le grand œuvre (1907), une Anthologie de l’occultisme (1922), et un Musée des sorciers, mages et alchimistes (1929). Il nous offre ici une approche de Lourdes, « ville initiatique », prétexte à une « étude hiérologique », ouvrant la perspective d’une vraie réflexion sur la piété mariale.

Bien sûr, qui ne connaît de Lourdes l’odieuse exploitation commerciale, les souvenirs ridicules, les trafics de bondieuseries en tous genres, des cierges aux flacons et aux vierges en plastic, voire les voyages organisés qui en font la capitale française des marchands du temple ? Las, de tels abus ne sont pas propres à notre temps ; ils sont assez caractéristiques de tous les sanctuaires et de tous les grands pèlerinages, depuis toujours.

Musicien, latiniste, nourri des Pères grecs et latins, imbu d’hermétisme, traducteur de Paracelse, de Guillaume Postel, de John Dee, d’Henri Khunrath et de Thomas d’Aquin, Grillot de Givry nous en propose une autre approche, qui, au-delà de Lourdes, pose, comme personne ne l’avait fait avant lui, la question du rôle métaphysique et théologique de la Vierge dans l’économie divine, tant du point de vue de la cosmologie sacrée, autant dire de la cosmosophie, que de la théologie la plus audacieuse, autant dire de la théosophie.

Marie participe-t-elle de la Sophia créée ou est-elle cette Sophia elle-même ? Grillot de Givry prend le parti de la seconde hypothèse et entend le démontrer, textes à l’appui. D’aucuns jugeront cette affirmation théologique trop audacieuse, mais même les tenants de la première hypothèse - dont je suis - ne manqueront de s’instruire grandement de la science et de la piété de l’auteur.

La première partie de l’ouvrage, consacrée à la foi, comprend aussi une étude historique des apparitions, suivie d’une évocation admirative de la figure de Bernadette. La seconde partie est tout entière consacrée à l’esthétique de l’architecture religieuse de Lourdes, à commencer par la basilique, au regard de l’art sacré. Autant dire que l’auteur n’y ménage pas ses critiques.

Veuille le lecteur ne pas se laisser rebuter par le style, qui a vieilli, ni par certaines positions de l’auteur. Lourdes est-elle une ville initiatique ? Au fond, qu’importe ! L’ouvrage de Grillot de Givry, lui, est initiatique, profondément, qui tend des clefs véritables, lesquelles ouvrent à des réalités sublimes, sous la plume d’un très grand érudit qui fut aussi un vrai croyant et un vrai gnostique, alliant la connaissance à l’amour. Ce n’est pas si commun.


Serge Caillet
serge.caillet@aliceadsl.fr

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