mercredi 13 avril 2011

Fulcanelli exhumé



Sur les traces de Walter Grosse, Filostène "junior", dont il faut d'emblée recommander le blog  http://filostene-alchimia.over-blog.com/, produit et commente ici le témoignage essentiel de son maître en alchimie, Filostène sénior (1923-2009), disciple lui-même d'un certain Samuel David Cohen Lidiakos (1881- ?), au sujet de Fulcanelli. A en croire l'auteur de ce Fulcanelli exhumé (La Pierre philosophale, 2011), ce témoignage capital viendrait confirmer la découverte extraordinaire de Walter Grosse, qui identifie Fulcanelli à un certain Paul Decoeur (1839-1923), un polytechnicien français dont personne ne semblait avoir entendu parler. 
Ce livre  - volontairement ? - brouillon nous renseigne en effet sur Decoeur, alias "Vulcain Solaire", qui aurait réussi le Grand Oeuvre en 1909, ami de Pierre Dujols et de Julien Champagne. Et c'est ce dernier qui aurait inventé le pseudonyme de Fulcanelli. Chemin faisant, c'est tout le petit monde de Fulcanelli qui se trouve ainsi placé dans une perspective absolument inédite. La thèse de Filostène est séduisante dans son interprétation d'une histoire où beaucoup ont perdu leur latin, quand ce n'est pas le sens des réalités.
Outre des photos inédites, dont une de Paul Decoeur en 1874, Filostène publie deux documents d'importance : une lettre de Dujols à un certain Paul D., que l'auteur identifie comme étant Paul Decoeur, datée de 1911, et une lettre d'un certain Georges Bellais à Philippe Encausse, datée de 1928, qui rend compte d'une visite à l'éditeur des Fulcanelli, Jean Schemit. Ces deux pièces capitales viennent étayer la thèse Fulcanelli-Decoeur.
Quant aux livres signés Fulcanelli, les notes réunies par Paul Decoeur pendant les quarante années qui auraient précédé sa réussite de l'Oeuvre alchimique, rassemblées et mises en forme avec la collaboration de Dujols, auraient ensuite servi de materia prima à leur rédaction par Canseliet, tandis que Champagne se faisait passer pour Fulcanelli.
La seconde partie de l'ouvrage, consacrée aux Frères chevaliers d'Héliopolis (F.C.H.) dont se réclamaient Fulcanelli, Canseliet et Champagne, tranche singulièrement avec la première. Sa documentation et son fil conducteur reposent essentiellement, selon l'auteur, sur une liste codée, à lui transmise par son maître, des dignitaires de la Fraternité alchimique fondée au XVe siècle et primitivement intitulée "Compagnons d'Hiérosolym". Cette "histoire", qui n'est pas sans rappeler maintes listes farfelues du même genre (charte de Larmenius, Legenda des FARC, Prieuré de Sion, etc.) a tout l'air d'un canular de l'auteur ou de ses prédécesseurs. Elle ne saurait être acceptée sans inventaire des pièces originales ; souhaitons que l'auteur les publie.
Tandis que se prépare le colloque "Fulcanelli, alchimie d'Héliopolis", d'autres livres viennent de paraître qui intéressent l'histoire de l'Adepte. Nous en reparlerons. Mais celui de Filostène est d'ores et déjà absolument indispensable à quiconque s'intéresse à l'énigme Fulcanelli qu'il contribue de toute évidence à résoudre.

Serge Caillet

0 commentaires: