mercredi 22 juin 2011

La pierre philosophale et la science

Deux livres très complémentaires analysent la pierre philosophale sous l’angle de la science moderne, mais en sympathie avec l’alchimie elle-même.
Le premier, signé Fulgrosse, pseudonyme de Walter Grosse, s’intitule La Pierre philosophale scientifique. Approche de la pratique alchimique de Fulcanelli (Editions la Pierre Philosophale, 2011). Après avoir découvert et révélé l’identité, extrêmement probable, de l’alchimiste Fulcanelli, désormais identifié comme étant Paul Decoeur (1839-1923), Walter Grosse, qui associe ses qualités d’enquêteur à celle de praticien au fourneau, s’est lancé dans l’identification théorique, ou « scientifique » de la pierre philosophale. Comment ? En étudiant systématiquement les textes qui décrivent l’aspect et les qualités de la pierre réputée transmutatoire des métaux, et en les comparant à ceux de corps connus des chimistes modernes, notamment les liquides ioniques. L’auteur cherche également à identifier la matière première ou les matières premières du Grand Œuvre, selon Fulcanelli et Canseliet. Mon incompétence m’interdit de porter le moindre jugement sur les conclusions proprement scientifiques de Walter Grosse, mais j’admire, une fois de plus, la rigueur de son analyse. En annexe, l’auteur nous offre le fac-similé d’une lettre inédite, datée de 1953, de Canseliet au compositeur et chef d’orchestre Nino Rotà (1911-1979), qui s’est lui aussi intéressé de très près à l’art d’Hermès et qui devrait intéresser les biographes de Canseiliet.
            Le second livre, Voir les étoiles au fond du puits. Alchimie et science : une improbable rencontre ? (Editions la Pierre Philosophale, 2011), signé Michel Dziwak, revisite les rapports entre l’alchimie et la chimie ancienne, au Moyen-Age et à la Renaissance, puis, à partir du XVIIIe siècle, entre l’alchimie et la chimie moderne. Des cas de transmutations rapportés dans la littérature alchimique sont notamment analysés en fonction des découvertes récentes sur la fusion froide ou encore des travaux de Louis Kervan. Tout en regrettant que l’auteur ne mentionne pas les travaux de Jacques Bergier sur la transmutation du sodium en béryllium, que je tiens pour importants (voir mon étude « Jacques Bergier et l’alchimie », Jacques Bergier, une légende... un mythe, L’Harmattan, 2010), il faut se féliciter de cette étude, sérieuse et bien documentée, qui devrait susciter des réactions chez quelques scientifiques (il y en a !) qui osent s’intéresser aux transmutations. Michel Dziwak ouvre ainsi le dialogue, ou plutôt il le poursuit, pour le bien commun de la science, au sens moderne, et de l’art d’Hermès, qui, n’en déplaise à l’Académie, n’est reste pas moins une science.

Serge Caillet

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