Distinguant les contes, situés comme hors du temps, des mythes, propres à
l’origine des êtres et des choses, et des légendes, qui ancrent une autre
réalité dans l’histoire proprement dite, Bruno Bérard et Jean Borella nous
proposent une Métaphysique des contes de
fées (L’Harmattan, 2011). Les auteurs ne nient pas la dimension
psychanalytique des contes et leur rôle dans la formation psychologique de
l’enfant, sur laquelle on a beaucoup insisté ces dernières décennies. Mais ils
invitent à une interprétation complémentaire et pour tout dire plus profonde ou
plus haute, qui dépasse la psyché et fait place à l’esprit. Cette
interprétation métaphysique, comme du reste la lecture alchimique à laquelle se
livra jadis le baron Emmanuel d’Hooghvorst, ne s’adresse pas à l’enfant, mais à
l’homme en quête de Dieu. Car si chaque homme, chaque femme, a pour vocation de
réaliser ce à quoi le destine sa nature qui l’appelle à un parcours spirituel,
le conte marque alors les étapes de l’apprentissage de l’âme et du cheminement
de « l’enfant spirituel » dans sa réalisation théomorphique.
Passant ensuite de la théorie à la pratique, Bruno Bérard et Jean Borella
se livrent à l’interprétation métaphysique de trois contes : « la
jeune fille sans mains », « ce que fait le Vieux est toujours bien
fait », et « le grand ogre et le petit poucet ». Il n’est pas
contestable que l’exercice soit pleinement réussi. Car ces contes de fées (et
sans doute bien d’autres du même genre traditionnel) sont incontestablement
susceptibles d’une vraie lecture métaphysique, d’une grande richesse, d’une
grande beauté et d’une grande portée, où les symboles sont efficaces,
comme le montrent admirablement Bruno Bérard et Jean Borella.
Cette efficacité rend légitime la Métaphysique des contes de fées ainsi mise en
lumière par Bruno Bérard et Jean Borella dans ce très beau livre, comme est assurément légitime
l’interprétation alchimique de la statuaire de certaines cathédrales à laquelle
nous invitait jadis Fulcanelli, ou la lecture hermétique des fables et des mythes antiques,
que proposèrent Michaël Maïer ou dom Antoine-Joseph Pernéty. Mais cette
légitimité, cette efficacité signifient-elles pour autant que les auteurs des
contes, des fables, des mythes et des images traditionnelles avaient pour
intention consciente de transmettre ce message-là ? Ne signifient-elles
pas, tout simplement, que nos idées, lorsqu’elles sont justes et droites, sont
le reflet temporel des Idées, par nature universelles et éternelles ?
S. C.

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