Du schéma d’une « tetractys
alchimique », attribuée aux
rose-croix d’Orient, qu’il utilisa comme une grille initiatique, Robert Ambelain a tiré très efficacement
l’inspiration propre à la rédaction de son Alchimie
spirituelle (1961). Il en avait tiré
aussi, pour partie, la matière de sa Kabbale
pratique (1951). Le même schéma lui a permis de poser également les bases d’une
réflexion très féconde sur la Scala philosophorum ou la Symbolique des outils
dans l'art royal (1965) que les Editions Signatura ont
eu l’heureuse idée de rééditer
La scala philosophorum, c’est l’échelle des
philosophes, qui se gravit en trois, cinq et sept marches, correspondant aux
trois grades bleus de la franc-maçonnerie universelle. Analysant l’instrumenta
de l’Art royal entendu comme art maçonnique, Robert Ambelain attribue à chacun
de ces grades trois outils, auxquels il ajoute d’autres éléments des décors ou
des symboles essentiels du maçon : le tablier, les gants, le maillet, le
ciseau et le levier pour l’apprenti ; le niveau, la perpendiculaire ou fil
à plomb et l’équerre pour le compagnon ; le compas, la règle et la truelle
pour le maître maçon. Jouant avec la loi des correspondances, il associe méthodiquement
à chacun un certain nombre de valeurs : un vice, une couleur, une forme
ascétique, une vertu, une faculté spirituelle, un charisme, un des arts
libéraux et un élément du Grand Œuvre alchimique.
Prenons
l’exemple d’un outil et d’un symbole essentiel de la loge et du maçon :
l’équerre. Celle-ci a pour correspondances analogiques, parmi les sens, la
mémoire ; parmi les vices, l’orgueil ; parmi les couleurs, le
rouge ; parmi les formes ascétiques, l’obéissance ; parmi les vertus
théologales, la foi ; parmi les facultés spirituelles, le don de
l’intelligence ; parmi les charismes, le don de guérison ; parmi les
arts libéraux, la rhétorique ; et, enfin, parmi les éléments du Grand
Œuvre, le souphre des Philosophes. Et Ambelain d’en donner l’explication, à la
lumière des sciences traditionnelles, de sa propre intuition et de son
expérience.
Il ne s’agit
pas tant de savoir si Robert Ambelain a raison dans ces attributions et ces
correspondances, que d’apprécier, une fois de plus, l’efficace de son propos.
Car il s’agit surtout, au fond, de transmettre un savoir dont la « tetractys
alchimique » offre ici le prétexte, et, à ce jeu, Robert Ambelain excelle.
Ce savoir, du reste, dépasse de beaucoup le simple cadre maçonnique dont il
propose ici une approche « intellectuelle et morale ».
Robert Amadou
écrivait jadis que ce livre est d’un « vrai maître maçon », et
d’ajouter : « que dire d’autre sinon qu’il y a peu de maîtres
maçons ? ». Que dire d’autre en effet, sinon d’engager les maçons (et
pas seulement ceux de Memphis-Misraïm !) à lire la Scala philosophorum
ou la Symbolique
des outils dans l'art royal, qui est certainement l’un des livres les plus
intelligents jamais écrits sur l’art royal, et que je tiens pour ma part pour
l’un des meilleurs de Robert Ambelain.
S. C.

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