mercredi 9 novembre 2011

La Symbolique des outils dans l'Art royal


 Du schéma d’une « tetractys alchimique », attribuée aux rose-croix d’Orient, qu’il utilisa comme une grille initiatique, Robert Ambelain a tiré très efficacement l’inspiration propre à la rédaction de son Alchimie spirituelle (1961). Il en avait tiré aussi, pour partie, la matière de sa Kabbale pratique (1951). Le même schéma lui a permis de poser également les bases d’une réflexion très féconde sur la Scala philosophorum ou la Symbolique des outils dans l'art royal (1965) que les Editions Signatura ont eu l’heureuse idée de rééditer

La scala philosophorum, c’est l’échelle des philosophes, qui se gravit en trois, cinq et sept marches, correspondant aux trois grades bleus de la franc-maçonnerie universelle. Analysant l’instrumenta de l’Art royal entendu comme art maçonnique, Robert Ambelain attribue à chacun de ces grades trois outils, auxquels il ajoute d’autres éléments des décors ou des symboles essentiels du maçon : le tablier, les gants, le maillet, le ciseau et le levier pour l’apprenti ; le niveau, la perpendiculaire ou fil à plomb et l’équerre pour le compagnon ; le compas, la règle et la truelle pour le maître maçon. Jouant avec la loi des correspondances, il associe méthodiquement à chacun un certain nombre de valeurs : un vice, une couleur, une forme ascétique, une vertu, une faculté spirituelle, un charisme, un des arts libéraux et un élément du Grand Œuvre alchimique. 

Prenons l’exemple d’un outil et d’un symbole essentiel de la loge et du maçon : l’équerre. Celle-ci a pour correspondances analogiques, parmi les sens, la mémoire ; parmi les vices, l’orgueil ; parmi les couleurs, le rouge ; parmi les formes ascétiques, l’obéissance ; parmi les vertus théologales, la foi ; parmi les facultés spirituelles, le don de l’intelligence ; parmi les charismes, le don de guérison ; parmi les arts libéraux, la rhétorique ; et, enfin, parmi les éléments du Grand Œuvre, le souphre des Philosophes. Et Ambelain d’en donner l’explication, à la lumière des sciences traditionnelles, de sa propre intuition et de son expérience.

Il ne s’agit pas tant de savoir si Robert Ambelain a raison dans ces attributions et ces correspondances, que d’apprécier, une fois de plus, l’efficace de son propos. Car il s’agit surtout, au fond, de transmettre un savoir dont la « tetractys alchimique » offre ici le prétexte, et, à ce jeu, Robert Ambelain excelle. Ce savoir, du reste, dépasse de beaucoup le simple cadre maçonnique dont il propose ici une approche « intellectuelle et morale ». 

Robert Amadou écrivait jadis que ce livre est d’un « vrai maître maçon », et d’ajouter : « que dire d’autre sinon qu’il y a peu de maîtres maçons ? ». Que dire d’autre en effet, sinon d’engager les maçons (et pas seulement ceux de Memphis-Misraïm !) à lire la Scala philosophorum ou la Symbolique des outils dans l'art royal, qui est certainement l’un des livres les plus intelligents jamais écrits sur l’art royal, et que je tiens pour ma part pour l’un des meilleurs de Robert Ambelain.

S. C.

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